A45 : étude d’une solution sans avenir

Déclarée d’utilité publique en 2008 (valide 12 ans), la nouvelle autoroute payante « A45 » longue de 48 km relierait Brignais (Rhône) à la Fouillouse (Loire) et doublerait l’actuelle A47, un axe gratuit mais souvent saturé.

Sa construction est évaluée à 1,2 milliard d’euros, financée dans le cadre d’un partenariat public-privé pour un tiers par Vinci et le reste par une subvention d’équilibre accordée par l’État et les collectivités locales (Métropole Stéphanoise, département de la Loire et la région Auvergne Rhône-Alpes), soit 790 millions de fonds publics.

Bien que le Conseil d’État ait validé le décret de concession de 55 ans à Vinci, le gouvernement par la voie de la ministre des transports Mme Borne et celle de son ministre de tutelle N. Hulot préfère prendre le temps nécessaire à la réflexion.

En effet le ministre de la transition écologique entend sanctuariser les terres arables (Lyon Mag 31/08/17) quand Élisabeth Borne souhaite concentrer les efforts d’investissement sur la rénovation et l’amélioration du réseau autoroutier non concédé (JDD 16/09/2017). Bref au grand désarroi des défenseurs de l’A45, toute décision gouvernementale est repoussée à fin décembre lors de la présentation de la loi de programmation budgétaire 2018 (cf. France Bleu) et après la tenue des assises nationales de la mobilité.

Les tenants du tout routier n’en démordent pas et font actuellement feu de tout bois pour que l’A45 voie le jour d’ici à 2022. N’hésitant pas à qualifier ce nouvel ouvrage d’écologique, les mêmes personnes se détournent des micros lorsqu’il s’agit de répondre à des questions essentielles restées en suspens comme :

  • l’absence de chiffrage concernant le raccordement de l’A45 au réseau routier actuel et son emprise sur les terres agricoles en périphérie de l’A45
  • la congestion de l’A450 (Brignais Pierre-Bénite) et son incapacité à accueillir les dizaines de milliers de véhicules supplémentaires venant de l’A45
  • le déclassement de l’A6 et de l’A7 au sud de Lyon en boulevard urbain rendant difficile l’écoulement du flot de circulation en provenance de l’A450 sur la métropole lyonnaise
  • l’augmentation des rejets de gaz à effet de serre induite par un usage accru des véhicules individuels au mépris de solutions alternatives de transports en commun et des engagements de la France en matière de réchauffement climatique (COP21)
  • la destruction irrémédiable de territoires agricoles et de zones classées Natura 2000 lieux de vie d’une flore et d’une faune rares et déjà en danger.
  • Le financement de la nécessaire rénovation de l’A47 qui restera en usage avec les mêmes problèmes tant dénoncés aujourd’hui par les tenants de l’A45 : vétusté, dangerosité, pollution chimique et sonore, etc.
  • l’affaiblissement et l’appauvrissement du bassin stéphanois au profit de la métropole lyonnaise
  • l’allongement des temps de trajet (Corinne Morel Darleux – le fond de l’air est vert)

A l’opposé les adversaires au projet A45 conscients des problèmes posés par les infrastructures (auto-)routières actuelles apportent des solutions concrètes et viables en phase avec les défis environnementaux et sociétaux du 21ème siècle :

  • la rénovation de l’A47 pour un coût inférieur à celui de l’A45. A l’heure des restrictions budgétaires, cela fait sens.
  • le développement des transports en commun en renforçant le transport ferroviaire des passagers et des marchandises avec de nouveaux accès aux gares, la création de parkings relais et la rénovation des voies ferrées
  • la création de lieux de travail partagé « coworking » pour favoriser le travail à distance et limiter les déplacements pendulaires
  • l’agro-écologie (agriculture durable et vivrière) garante du développement de l’économie circulaire et de la protection de l’environnement en réduisant fortement les besoins en transport de marchandises comme en agrochimie (cf. vidéo #datagueule – Agriculture industrielle, produire à mort)

Depuis le week-end du 1er et 2 juillet à Saint Maurice sur Dargoire (10 000 participants), les opposants à l’A45 ne sont pas en reste et font montre d’une détermination à la hauteur des enjeux :

Ainsi il apparaît que, quel que soit le bout par lequel on prend ce projet d’autoroute, l’A45 n’apporte de solution, ni au plan de la circulation routière, ni à celui de la protection de l’environnement, ni pour la préservation des terres arables et des zones de protection de la flore et de la faune, ni enfin pour les habitants de Saint-Étienne qui verront les emplois aspirés par la métropole lyonnaise, comme d’autres expériences de ce genre le prouvent.

Comment peut-on alors s’entêter dans ce projet sans avenir si ce n’est pour servir les lobbies de la route?