Notre Poison Quotidien

Pesticides et perturbateurs endocriniens de plus en plus présents

Selon de nombreux chercheurs et médecins, les pesticides et perturbateurs endocriniens menaceraient gravement notre santé et seraient causes de maladies environnementales de plus en plus fréquentes (Lymphomes, Parkinson, cancers, leucémies baisse de fertilité,…).

L’emploi du conditionnel est volontaire et la prudence de mise tant les méthodes et protocoles d’évaluation de l’impact des molécules chimiques sur l’homme et son environnement sont controversés et / ou orientés par les professionnels de l’industrie chimique. A l’occasion de la projection du film « Notre Poison Quotidien » au cinéma Mourguet à Sainte Foy Les Lyon – mardi 14/03 à 20 heures à l’initiative du relais lyonnais de l’association Générations Futures, chacun pourra se faire sa propre opinion. (détails ici)

Une consommation en hausse

Malgré toutes les précautions de langage, il est vain d’ignorer les conséquences d’un emploi massif et croissant de produits phytosanitaires en France alors même que le Grenelle de l’environnement s’était promis d’en diminuer la consommation de moitié d’ici à 2018 par l’adoption du plan EcoPhyto – plan réévalué depuis face à un constat d’échec . La version corrigée garde les mêmes objectifs de réduction mais cette fois-ci les repousse en 2050… Ce nouveau dispositif se veut moins stressant pour les agriculteurs selon le Ministère de l’Agriculture (Les Echos, Mars 2016)

Le Monde « planète » précise dans un article publié en mars 2016 (voir ici ) que le secteur agricole consomme de plus en plus de pesticides, avec une hausse annuelle moyenne de 5,8 % entre 2011 et 2014, qui s’est même accélérée ces dernières années (+ 9,4 % entre 2013 et 2014). Les rendements quant à eux ne progressent plus voire diminuent pour certaines productions agricoles.

La consommation de pesticides phytosanitaires en France en kg par année (www.planetoscope.com)

  • 2014 : 58.989.000
  • 2013 : 50.866.000
  • 2012 : 49.410.000
  • 2011 : 48.934.000

Le coût

Cette tendance revient cher à l’ensemble de la collectivité. La pollution de l’eau, de l’air, des sols, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre et les atteintes multiples à la biodiversité pèsent sur l’ensemble de nos concitoyens. Au bas mot plusieurs milliards d’euros d’après le rapport du Commissariat Général au Développement Durable (voir ici ) , évoqué dans un papier du Monde décembre 2016. (lire aussi « et si les pesticides coûtaient plus qu’ils ne rapportent ? » )

Des risques sanitaires qui inquiètent

Selon l’institut de veille sanitaire, 100 % de la population française porte des traces de substances chimiques, même à des doses très faibles. Or ces doses infimes ne présagent en rien de leur innocuité (Le Monde Mars 2016, Cash Investigation Février 2016 France 2) surtout lorsqu’elles se rencontrent. On appelle cela l’effet cocktail (lorsque deux substances inactives isolément se révèlent toxiques ensemble). Précisons que l’effet cocktail n’est pas pris en compte dans l’évaluation de la toxicité d’une substance. De plus il est maintenant démontré que certains perturbateurs endocriniens sont capables d’interférer avec le système hormonal à des niveaux d’exposition très faibles.

De manière générale, nombre de pesticides sont classés CMR — cancérogènes, mutagènes (toxique pour l’ADN) ou reprotoxiques (nocifs pour la fertilité). Certaines de ces substances chimiques sont suspectées dans plusieurs maladies émergentes en lien avec le dérèglement du système hormonal : diabète de type 2, obésité, cancers hormonodépendants (sein, prostate, thyroïde) et troubles neuro-comportementaux (troubles de l’attention, hyperactivité, etc.). Sans compter l’autisme ou les atteintes au développement du cerveau, avec des conséquences sur les capacités cognitives. La maladie de Parkinson, enfin, a été reconnue en 2012 maladie professionnelle en lien avec les pesticides. (Angela Bolis, Le Monde Mars 2016)

Des encouragements, oui mais…

Le dispositif gouvernemental « Dephy » amorcé en 2009 et tant vanté par le ministère de l’agriculture, prône la mise en œuvre de modes de production économes en pesticides. Il ne regroupe aujourd’hui que… 3000 fermes avec un objectif à moyen terme de 30 000 (la France comptait plus de 432000 exploitations en 2013).

L’effort est louable mais bien loin de pouvoir répondre aux conséquences d’une catastrophe annoncée. Il ne s’appuie de surcroit que sur le seul engagement des exploitations agricoles individuelles qui disparaissent au profit de groupes agro-alimentaires plus nombreux et à l’appétit insatiable (cf. wikiagri.fr ).

Cette forme d’agri-business met à mal notre capacité à nourrir l’humanité. Or on peut faire autrement pour produire mieux et se nourrir mieux en revenant à une agriculture écologique et paysanne. L’Avenir En Commun (laec.fr) propose les mesures suivantes :

  • Engager la réforme agraire pour faciliter l’installation des jeunes agriculteurs et limiter la concentration des terres entre des mêmes mains
  • stopper les projets de fermes usines
  • développer l’agriculture biologique, proscrire les pesticides chimiques, instaurer une agriculture diversifiée et écologique (Voir le dossier du Monde «et si on bannissait les pesticides»)
  • garantir des prix rémunérateurs aux producteurs en favorisant les circuits courts et en interdisant la vente à perte en plafonnant les marges de la grande distribution

poison quotidien, la responsabilité de l'industrie chimique dans l'épidémie des maladies chroniques